Mesdames et messieurs… voyageurs du monde entier et locaux en mal de sensations fortes… accrochez-vous à vos plateaux-repas (achetés à l’intérieur de l’aéroport, hein !).
Le dernier fait divers en provenance de notre aéroport de Marignane a de quoi vous faire avaler de travers ! Avaler de travers votre croissant rassis. Lui, au moins, n’a pas fini dans le gosier d’un nécessiteux. Ouf !.
Tout commence avec quatre employés, figures emblématiques (et visiblement un peu trop charitables) des enseignes Starbucks et Prêt à Manger. Ils ont eu la brillante idée, pendant des années, d’alléger les poubelles de l’aéroport… en nourrissant des sans-abris. Oui, vous avez bien lu. Ils ont décidé de ne pas laisser des montagnes de sandwichs, salades et autres délices invendus délectables prendre le chemin du compacteur. Ces âmes généreuses ont pris une autre voie (avec l’accord de leur responsable). Ils ont préféré offrir ces aliments. Ils les ont donnés à ceux qui en avaient cruellement besoin. Les sans-abris qu’ils avaient tous les jours sous les yeux. Quelle audace ! Quelle folie ! On se croirait presque dans un épisode de Robin des Bois, version terminal B.
Et quelle fut la récompense de tant de bonté ? Un licenciement pour faute grave. Le motif ? Avoir donné des invendus à des sans-abris. On imagine la réunion de crise au siège du groupe britannique SSP:
« Ces employés ont commis l’impardonnable ! Ils ont fait preuve d’humanité ! Il faut sévir ! Où va le monde si on commence à distribuer la nourriture aux nécessiteux ? Qu’adviendra-t-il si on ne suit pas nos rigoureuses procédures et qu’on décide de ne plus jeter la nourriture ?«

Ah, les procédures… parlons-en ! Il semblerait que le protocole « destruction des invendus » soit plus sacré que la Déclaration des Droits de l’Homme. On imagine les organigrammes complexes et des formulaires en triple exemplaire. Des réunions Zoom inter-minables sont nécessaires pour décider du sort d’un croissant au jambon légèrement défraîchi. Tout ça pour éviter que… qui sait ? Que les sans-abris ne prennent goût aux bagels au saumon ? Que cela ne crée une « concurrence déloyale » avec les poubelles locales ?
Le groupe, dans un élan de communication bien rodé, explique lutter contre le gaspillage et faire des dons alimentaires. Mais attention ! Pas comme ça ! Il y a une bonne façon de donner, probablement avec des formulaires et des tampons officiels. Il y a aussi une mauvaise façon, directement de la main à la bouche d’une personne affamée, visiblement trop barbare.
On imagine déjà les réunions brainstorming. L’idée serait de trouver le circuit de don parfait :
« Et si on mettait les invendus sous vide avec une date de péremption rallongée de 3 jours ? Puis, on les enverrait par camion réfrigéré à une association à 500 km ? Ce serait tellement plus… propre. »
Pendant ce temps, quatre personnes se retrouvent sur le carreau pour avoir eu un peu trop de cœur. L’un d’eux avec plus de 30 ans d’ancienneté ! On imagine la scène :
« Merci pour vos trois décennies de bons et loyaux services. Tenez, un ticket de caisse périmé et une bonne claque dans le dos. Et surtout, ne donnez plus jamais un pain au chocolat de la veille (chocolatine ailleurs). Ne le faites à qui que ce soit en dehors des canaux autorisés ! »
Alors, la question fatidique se pose : doit-on encore aller manger dans ces enseignes ? Personnellement, la prochaine fois que j’hésiterai entre un sandwich un peu sec et mon estomac qui gargouille, j’y réfléchirai. Je me demanderai si ce sandwich a eu une chance d’être donné à quelqu’un dans le besoin. Et si la réponse est non, mon appétit risque d’être sérieusement coupé.
Marchons-nous sur la tête ? Oui, probablement. Mais avec des chaussures bien cirées, conformément aux procédures.
Et surtout, n’oubliez pas d’acheter votre sandwich à l’intérieur de l’aéroport.
Les miettes tombées par terre sont, elles, soumises à un autre protocole de nettoyage très strict.
Ne tentez rien.



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