Ah, l’orientation dès la maternelle ! Quelle idée lumineuse ! Heureusement que madame Elisabeth Borne est là pour penser pour nous pauvres ânes.
Son expérience de grand-mère fait vraiment toute la différence, aucun doute.
La maternelle, succursale de France Travail
On imagine déjà les petits bouts de chou. A peine sortis des couches, crayon en main tenu comme une lance prêts à partir à l’assaut du boulot. Ils marchent encore avec un peu d’hésitation, mais qu’importe, il est temps de nourrir le système. Assez joué ! faut bien trouver de nouveaux moyens pour payer nos ministres.
Ils noircissent des kilomètres de feuilles de « Mon Projet Professionnel pour l’An 2050 ». « Moi, je serai astronaute-pâtissier intergalactique ! » s’écriera Timothée. Pendant ce temps-là, Léa, du haut de ses cinq ans, s’exprime avec une détermination sans faille. Elle déclare : « Moi, directrice des ressources humaines pour licornes à paillettes ! ».
Et d’entendre aux réunions parents-professeurs : « Votre enfant a un excellent potentiel en motricité fine. Son orientation vers le métier de chirurgien pédiatrique est toutefois compromise par son manque d’intérêt pour les puzzles complexes. »
Le poids des mots, le choc du boulot
Il faut dire que la récente sortie de route de madame Borne a fait sensation. Pardon, la récente déclaration concernant l’orientation dès la maternelle a fait sensation.
Ni une, ni deux, la France entière s’est étranglée avec son café (ou son Nesquik, pour les plus jeunes).
L’image des bambins discutant des avantages du CAP boulangerie a rapidement circulé sur les réseaux sociaux. Cela s’est produit plus vite qu’une promotion sur les couches Pampers. Quand « potentiel professionnel » rime avec « bavoir », un beau programme.

Les ateliers « Découverte des Métiers » remplaceraient les ateliers peinture, et les stages d’observation se dérouleraient… à la cantine ?
« Vous n’avez rien compris ! », s’égosilla E. Borne, démenti ou marche arrière stratégique ?
Ah… ces français qui ne comprennent rien quand leurs supers penseurs s’expriment ! Arrêtez de tout prendre au premier degré. Et arrêtez de croire que l’art de la communication gouvernementale est une science exacte… presque. Enfin, voyons !
Attendez ! Ce n’est pas ce qu’elle voulait dire la madame ! Enfin, c’est ce qu’on nous dit.
Figurez-vous que Madame la Ministre de l’Éducation Nationale aurait eu un élan de pensée prospective. Un coup de génie, quoi. C’est quand même pas pour rien qu’elle est là. Cela a juste légèrement dérapé. Elle aurait juste suggéré qu’il faudrait commencer très jeune. Dès le départ, on devrait réfléchir à la façon dont on se projette dans une formation. Presque depuis la maternelle, on devrait penser à un métier, demain.
Les français sont-ils débiles ?
Alors, nous, pauvres Français à l’esprit lent, aurions mal compris ? Serions-nous tous atteints d’une forme aiguë de débilité auditive collective ? Il faut croire que oui, puisque la version officielle insiste sur le caractère « équivoque » des propos. Équivoque, le mot est faible. On aurait plutôt parlé d’une sortie pour le moins… surprenante.
Faites un effort quand même ! Malentendu, quiproquo, la faute au prompteur récalcitrant. Ou peut-être à une invasion de lutins farceurs dans les micros du ministère, qui sait.
Elisabeth Borne s’est empressée de démentir cette vision. Son entourage a fait de même. C’était pour le moins… précoce de l’orientation.
Ouf, nous voilà rassurés. Nos chères têtes blondes auront encore leurs récréations pour jouer aux billes. Elles ne rempliront pas de fiches d’orientation à la place.
Macron et son énième casting de choc
On pourrait presque en rire. D’autant que ce même gouvernement nous a offert un casting ministériel digne d’une série humoristique à succès. On se demandait déjà si le recrutement de nos ministres n’était pas le dernier spectacle comique en vogue. Mmmh Burger King… Visiblement, la barre est placée encore plus haut avec ces réflexions sur l’orientation infantile.
On commence sérieusement à s’interroger sur le véritable projet du gouvernement. Veut-il nous offrir gratis (ou presque) un abonnement illimité au stand-up politique ?
Tourner sept fois sa langue… une option visiblement peu prisée
L’adage populaire sur la rotation linguale pré-locutoire semble avoir été oublié dans les hautes sphères.
Franchement, on aurait pu espérer qu’à ce niveau de responsabilité1 on prenne la précaution élémentaire de réfléchir avant de parler. Cela aurait évité de laisser s’échapper des idées aussi… originales. Parce que, voyez-vous, il y a des dérapages verbaux. Il y a aussi de toute évidence des nominations inattendues. Ben oui, elle n’y connaît rien à l’éducation nationale, et alors ?
Réflexions pour venir en aide à Mme Borne
Alors, la prochaine fois, un petit conseil : avant de parler d’orientation en maternelle, pensez à l’âge où l’on apprend déjà une compétence essentielle : faire ses lacets. C’est déjà un grand pas vers l’autonomie, et bien plus concret qu’un plan de carrière à cinq ans.
Cessez, madame Borne, de ne penser qu’à réduire les dépenses de votre ministère. On touche déjà presque le fond. Cessez de ne penser qu’à remplir les caisses de l’Etat. N’accélérez pas la sortie des enfants du système scolaire.
La prochaine fois, Madame la Ministre, pensez aussi à Timothée et Léa. Laissez-les encore un peu rêver à leurs licornes et à leurs étoiles. L’orientation, ça viendra bien assez tôt, quand ils auront troqué leurs Playmobils contre des manuels scolaires2 . Et peut-être même, qui sait, des CV bien ficelés. En attendant, laissons-les profiter de cette précieuse période. Leur seule question existentielle est de savoir si le toboggan est plus amusant que la balançoire. C’est déjà une orientation de vie, non ?
- et de rémunération… ↩︎
- des manuels scolaires intelligents et répondants au principe de neutralité dans l’enseignement donc respectueux des décrets neutralité des 31 mars 1994 et 17 décembre 2003 ↩︎
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