La quête incessante du profit est associée à une pression constante sur la productivité et les résultats. On retrouve même cette culture du résultat au sein d’institutions autrefois dédiées au soin. L’hôpital public est touché de plein fouet : il faut facturer, rentabiliser avant de soigner. Toujours plus, toujours plus vite. Cela crée un terreau fertile pour l’épuisement professionnel, le tristement célèbre burn-out pourtant encore si mal compris.
Conflit de valeur
Le management toxique est aussi souvent à l’origine de la détérioration de la santé mentale au travail. Sous couvert de se prétendre être une entreprise ou une organisation bienveillante, les conflits de valeurs sont pourtant monnaie courante. On se donne bonne conscience à grands renforts d’audits, d’études et de plans de prévention des risques. On légifère sur l’obligation de veiller à la santé (physique et) mentale de ses employés, mais rien n’y fait. Seules les personnes dépourvues de sensibilité morale ou affective semblent échapper au phénomène. Elles sont même régulièrement mises en avant dans notre système contemporain.
Comment s’occuper correctement d’un dossier, d’un patient ou d’un client ? Bien difficile quand derrière, on vous somme de passer au suivant pour faire de l’argent ou payer les investissements. Les impératifs économiques semblent désormais éclipser les considérations humaines. Ils laissent alors peu de place à l’empathie et à l’attention nécessaires dans tout travail. Cette crise ne connaît pas de frontières catégorielles ; elle touche désormais toutes les strates socio-professionnelles. Le syndrome par le passé touchait surtout les salariés dont l’activité impliquait un contact relationnel important. Il touche depuis 10 ans toutes les catégories professionnelles. Cette crise engendre un sentiment d’urgence et de pression qui pèse sur les épaules de chacun.
La pression est mise dès l’école
L‘éducation nationale n’est plus épargnée. Il faut désormais enseigner aux enfants porteurs de handicap en même temps qu’aux décrocheurs et aux bons élèves. Tout ça dans une même classe. Des classes surchargées avec des programmes à rallonge dénués de (bon) sens. Cela crée des défis inégalés pour les enseignants qui se retrouvent de plus en plus souvent débordés. Ils essaient de jongler entre divers niveaux d’apprentissage tout en cherchant à répondre aux besoins individuels de chaque élève. Leur tâche devient toujours plus complexe. Le système semble maintenant privilégier la rapidité au détriment de la qualité. Plus de redoublements et l’orientation devient une véritable obsession : il faut être productif et rentable au plus vite. Faire sortir du système éducatif qui coûte cher afin d’y participer le plus tôt possible.

Depuis le début des années 1990, la fréquence des problèmes de santé psychologique au travail augmente de façon alarmante. Selon l’OMS les effets du stress chronique sur la santé mentale des travailleurs se manifestent surtout dans les pays industrialisés. La question de savoir si cette épidémie de burnout est aussi prégnante dans les pays moins développés est complexe. Les pressions liées à la mondialisation et à l’économie de marché peuvent exercer une influence. Cependant, les contextes culturels, les structures de travail et les priorités sociétales peuvent différer significativement. Des études comparatives seraient nécessaires pour dresser un tableau précis de la situation à l’échelle globale.
Médecine et Burn-out
Face à cette souffrance, le rôle des médecins est crucial bien entendu. Cependant, leur capacité à aider est parfois mise à rude épreuve. Eux aussi peuvent être pris dans les contraintes de systèmes de santé axés sur l’efficience. Ces systèmes se concentrent de plus en plus sur la rentabilité de leur service ou de leur cabinet. Ces systèmes limitent le temps et les ressources disponibles pour une prise en charge holistique du burnout.
On remarque également une méconnaissance réelle du burn-out malgré des formations à reconnaître les symptômes de l’épuisement professionnel. La victime se retrouve vite dans la catégorie des dépressifs, voire des « faiblichons ». Les médecins doivent disposer des outils nécessaires pour accompagner efficacement les patients vers un rétablissement durable. Cela va bien au-delà d’une simple prescription médicamenteuse. Les soins coûtent cher. Il faut aider le patient à repenser sa place dans la société et surtout ne pas le faire culpabiliser.
Après tout, ne serait-ce pas la société elle-même qui est responsable ?



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