1 grand mystère en Sud-Gironde : les maires « clones »

TRIBUNE LIBRE : Sud-Gironde, le pays où les maires s’achètent le même cerveau (au prix fort)

En ces temps de campagnes municipales, vous pensiez que chaque village de notre cher Sud-Gironde cultivait sa singularité ? Entre les vignes du Sauternais et les pins de la Lande, on s’attendait en effet à une joute électorale haute en couleurs… Or, il se passe depuis quelques jours une drôle d’expérience sociologique dans ces contrées, entre la commune de Saucats et Le Tourne. On connaissait la mutualisation des bacs à ordure ou des broyeurs de végétaux, mais le Sud-Gironde vient d’inventer la mutualisation de la pensée politique !

En effet, en épluchant les professions de foi de Saucats au Tourne, un vent de déjà-vu souffle sur les boîtes aux lettres et autres boîtes mail… Une évidence frappe l’électeur lecteur : c’est le jeu des 7 erreurs, mais sans les erreurs. Mêmes tournures de phrases, mêmes promesses lissées, même mise en page. À croire que nos futurs édiles partagent non seulement les mêmes ambitions, mais aussi le même nègre littéraire !

Ainsi, à quelques dizaines de kilomètres d’intervalle, les candidats nous servent exactement la même soupe… au mot près selon les pages. Un phénomène qui interroge, surtout quand on sait que derrière ces textes standardisés se cache une agence de communication très bien introduite auprès des communautés de communes du coin et du Département de la Gironde.

2 communes, 2 candidats, 1 profession de foi

Le « prêt-à-voter » : l’illusion démocratique sur papier glacé ?

Mais qui est donc ce mystérieux auteur qui semble tenir la plume de nos villages ? L’ombre d’une agence de communication bien connue, déjà très « proche » de certaines Communautés de Communes du coin et du Conseil Départemental de la Gironde, plane sur ces feuillets.

On nous vend de la « proximité » et du « terroir », mais le texte, lui, sort d’une usine à concepts située bien loin de nos préoccupations quotidiennes. Comment croire à un projet municipal spécifique quand le candidat vous sert un copier-cloner (pardon, une « inspiration partagée ») déjà lu à 20 ou 40 kilomètres de là ? Ah oui, parce que Saucats et Le Tourne ne sont pas les seules communes concernées bien sûr !

En somme, on achèterait son programme comme on achète son terreau en jardinerie : en gros, pour faire baisser le prix de revient. Le problème, c’est que ce qui va à Saucats ne colle pas forcément au relief du Tourne. À force de vouloir rentabiliser la dépense avec un texte standardisé, on finit par ne parler de personne…

La facture salée de l’uniformité ?

Et ce qui ne manque pas d’humour — un humour un peu grinçant, certes — c’est évidemment la dimension financière de l’affaire. Dans le milieu, on appelle ça poliment de la mutualisation (traduction : ou quand vos taxes financent du prêt à penser). Mais parlons franchement : une agence de communication, ça ne travaille pas pour des prunes (ni pour un simple pot de confiture locale). Faire appel à des « experts » pour rédiger un programme, c’est un investissement massif.

Alors, quand on découvre que le texte payé à prix d’or par le candidat A est le jumeau astronomique de celui du candidat B, on se pose des questions :

  • Facture-t-on deux fois la même prestation ? Si l’agence vend le même texte à dix villages, c’est le casse du siècle. Et une autre question se pose : est-ce que chaque candidat a payé le plein tarif pour un texte « original » qui est en fait un template ?
  • Argent public ou fonds de campagne ? Dans tous les cas, ce sont les administrés ou les donateurs qui règlent la note pour un contenu qui manque cruellement d’originalité. On est donc en droit d’obtenir une réponse : est-ce une stratégie de groupe pour réduire les coûts de campagne, transformant l’élection en un achat groupé de slogans ?

Payer pour ne pas avoir d’idées propres, c’est un concept audacieux. On espère au moins que les candidats ont bénéficié d’un tarif « flotte » ou d’une carte de fidélité : « Au bout de 10 programmes identiques, le discours d’investiture est offert » !

Un stagiaire, une IA ou un manque d’audace ?

On hésite encore sur l’origine du bug.

  • Un stagiaire qui a confondu les dossiers « Saucats » et « Le Tourne » et s’est mélangé les pinceaux avec les QR codes ?
  • Une Intelligence Artificielle réglée sur le mode « langue de bois niveau 5 » ? On connaît tous les déboires des IA. On imagine d’ici le scénario : un conseiller en communication, soucieux de maximiser sa marge bénéficiaire, tape sur ChatGPT : « Rédige-moi une profession de foi inspirante pour un village du Sud-Gironde avec des mots comme ‘proximité’ et ‘dynamisme’ ». Résultat ? L’algorithme recrache la même sauce pour tout le monde. Si c’est le cas, l’agence encaisse un chèque d’expert pour un travail de stagiaire assisté par ordinateur. Nos futurs édiles feraient bien de vérifier s’ils n’ont pas payé le prix d’un grand cru pour une piquette de table…
  • Ou plus simplement, un système politique local si verrouillé que la parole s’y achète désormais au kilo, auprès des mêmes prestataires qui gravitent autour des instances départementales ?

Pourquoi c’est 1 problème pour la démocratie locale ?

Au-delà de la blague, cette uniformisation pose question. Une profession de foi est censée être le contrat moral entre un candidat et ses administrés. Si le contrat est un template pré-rempli par une agence qui facture ses services à tout le département, où est l’indépendance ?

Les faits sont là : à Saucats et au Tourne, les électeurs lisent le même texte. Si le « prêt-à-voter » est la nouvelle norme, on a hâte de voir si les discours d’inauguration seront aussi synchronisés.

Le mot de la fin (garanti sans frais d’agence)

Messieurs et Mesdames les candidats, le Sud-Gironde a du caractère. Nos villages ont des histoires, des reliefs et des besoins différents. Si vous n’avez pas le budget (ou l’imagination) pour écrire trois pages qui vous ressemblent (et ça c’est gratuit, c’est authentique, et ça évite de passer pour le client crédule d’une agence de com’ un peu trop gourmande), comment comptez-vous gérer nos budgets municipaux demain ?

La démocratie mérite mieux que du réchauffé.

Le Sud-Gironde mérite mieux que des idées en solde !

À bon entendeur… et n’oubliez pas de rendre la monnaie.

Une électrice qui sait encore lire entre les lignes.

En savoir plus sur Chroniques Diverses

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture